L'histoire du Grumman F6-F HellCat de la baie de Pramousquier
Victime d'un crash en 1956 dans la baie de Pramousquier, Jack Langin, pilote de l'aéronavale est revenu sur les lieux
de son accident. Pour la première fois, il révèle la vraie raison de son accident ; un jeu qui a mal tourné ! Son appareil
presque intact, repose par 57 mètres de fond où il a été retrouvé par le plongeur Jean-Noèl Duval du CIP Lavandou.
Le marin et l'aviateur ont reconstitué l'histoire au Lavandou.
14 mai 1956. Un cri s'élève de la plage du Rayol-Canadel. «Il tombe, il tombe !». Un avion de l'aéronavale vient de
s'abîmer en mer, à 4 km de la côte. Le pilote, le second maître Jack Langin, 21 ans, réussit à s'extraire du cookpit.
Secouru par un Rayolais, et après son bouillon forcé, il regarde son Grulmann L4 F6F couler en quelques secondes.
Ce souvenir englouti dans la baie de Pramousquier depuis 43 ans, Jean-Noèl Duval, moniteur fédéral 2ème degré du
club international de plongée du Lavandou, l'a brutalement réveillé en juin dernier (1999). Dans obscurité et le silence, l'appareil
posé sur le sable par 57 mètres de fond, était là, intact. Pour le plongeur, l'histoire ne fait que commencer. Trois mois de
recherches, de coups de fil, pour finalement trouver une adresse : l'as des as habite Amiens.
Premier contact téléphonique.
Le passé de «Jack de Pramousquier» sort de l'eau et remonte à la surface l'étonnant récit d'un crash annoncé.
Jack, à l'époque du crash.
Jack le pilote et JN Duval
«Jeune pilote sortant frais moulu de l'école de pilotage américaine, j'avais été affecté à l'escadrille 54S, basée au Palyvestre
d'Hyéres, afin d'obtenir la qualification de l'appontage sur un porte-avions. Nous disposions pour cela d'un avion américain,
le Grulmann L4 F6F, célèbre durant a guerre du Pacifique. «Dans le cadre de cet entraînement, je décollais le 14 mai 1966 en
vue d'un vol à la préparation de l'appontage, un exercice pour tester la maniabilité de l'avion à basse altitude» explique alors
Jack Langin, aujourd'hui âgé de 64 ans. "L'ordre de vol nous indiquait une zone d'exercice dans laquelle nous devions nous
maintenir puisque nous étions plusieurs en l'air à cet instant. Je fus rejoint par un camarade d'une zone voisine et ensemble,
nous décidâmes de faire du rase-mottes au- dessus de la mer. Le jeu : le faire le plus près possible de la surface de l'eau.
L'impétuosité des jeunes
pilotes que nous étions, nous amena donc à transgresser les consignes. Nous étions les rois des airs, je devrais probablement
dire les rois des couillons ! Enfin, à 11h52, au prix de manœuvres audacieuses, une erreur d'appréciation me fit toucher la surface
par deux fois, calant immédiatement le moteur avec un nuage d'huile sur le pare-brise. Alors, j'ai évacué l'avion en appliquant la
procédure mainte fois répétée et je me suis retrouvé installé dans mon dinghy (un bateau pneumatique de secours).
Ramené au Rayol-Canadel, M. André, mon sauveteur, m'a installé chez lui pour attendre les secours. Vous imaginez les pensées
qui m'envahissaient. Je voyais déjà ma carrière de pilote se terminer avant même d'avoir commencé. Mon système de défense
fut «panne de moteur». Une immobilisation de quatre mois dans un corset «je souffrais d'une fracture de la première lombaire;
me tint éloigné du milieu et favorisa probablement l'oubli de cet incident". En janvier 1957, apte à revoler, Jack Langin a repris
son entraînement. «Pouvais-je alors imaginer en cette période qu'un plongeur émérite ferait resurgir, 43 ans après, un peu de
mon passé aéronautique. Pas le plus glorieux, vous en conviendrez ! Cet événement fut une grande leçon pour moi.
Et par la suite, j'observai une relative sagesse nécessaire au bon exercice de ce métier.
L'épave au Lavandou en 1999 par -57m de fond
Jean-Noel Duval et Jack Langin se sont rencontrés pour la première fois au Lavandou en octobre 1999. L'homme semblait s'être
bien remis de ses humides émotions.