Les Algues

Par Jérôme Mallefet,

Extrait de la revue trimestrielle "Hippocampe" n° 177 - septembre 2000
Revue officielle de la Ligue Francophone de Recherches et d'Activités Sous-marine, affiliée à la Fédération Belge de Recherches et d'Activités Sous-marine (membre fondateur de la CMAS).


Lorsque le biologiste parle d'algue, les questions suivantes lui sont souvent posées : Dans quel règne les trouve-t-on, quelles sont les caractéristiques importantes qui permettent de les identifier, comment vivent-elles, comment les reconnaître ? Ce texte va tenter de vous donner des informations de bases concernant un groupe d'organismes extrêmement diversifiés et donc très difficiles à classer. Juste à titre d'exemple, la morphologie des algues varie depuis une organisation unicellulaire de taille microscopique à des organismes pluricellulaires de grande taille (plus de 50 mètres pour les fameux «Kelp» de Californie).

A l'heure actuelle, pour définir une algue, le biologiste utilisera les termes suivants : C'est un organisme thallophytique photosynthétique à reproduction gamétocystes ou sporocystes.

Mais que veut dire ce jargon incompréhensible ? Décortiquons cette définition afin de clarifier les choses.

Organisme thallophytique :
Ici le biologiste se base sur la morphologie. Les algues possèdent un thalle, elles sont dépourvues de structures végétatives différenciées, autrement dit, il n'y a pas de racines, tiges et feuilles qui sont les caractéristiques des plantes. Le thalle représente l'ensemble des cellules qui constituent l'algue. La confusion provient du fait que chez certaines algues il peut y avoir des zones spécialisées appelées crampon, stipe et fronde ou lame. Ces différentes parties assurent un rôle tout à fait différent de celui observé chez les plantes : Le crampon ne sert qu'à l'arrimage de l'algue (alors que les racines des végétaux servent aussi et surtout à puiser les éléments nutritifs), le stipe sert à élever la fronde dans la colonne d'eau (et non pas comme la tige à véhiculer la sève), la fronde ou lame quant à elle permet une plus grande surface d'échange (cela ressemble un peu à une feuille mais sans posséder les vaisseaux, les parois des cellules lignifiées).

Organisme thallophytique photosynthétique :
Le second critère se base sur la capacité qu'ont les algues de réaliser la photosynthèse. La photosynthèse est l'ensemble des réactions qui mène à la synthèse de composés organiques à partir du carbone (C02) et de l'eau (H20) ; cette synthèse requiert l'énergie solaire et la présence d'un pigment particulier, la chlorophylle. Les organismes capables de photosynthèse sont dits autotrophes, ce sont des producteurs primaires de matière organique. Notons que le terme chlorophylle regroupe plusieurs molécules de structures légèrement différentes, ainsi on parle de chlorophylle a, b, c. Il faut remarquer que ce second critère est commun aux algues et aux plantes ce qui ne simplifie pas les choses et constitue donc une source de confusion supplémentaire !

Organisme thallophytique photosynthétique à reproduction gamétocystes ou sporocystes :
Ici cela se complique, le troisième critère de définition se base sur la structure de la paroi qui entoure les cellules reproductrices. En simplifiant au maximum, chez les algues, une seule cellule forme la paroi qui entoure les gamètes et s'appelle le gamétocyste, on parle de sporocyste si elle entoure les spores alors que chez les plantes, plusieurs cellules forment cette paroi.

Voilà maintenant vous savez comment définir une algue mais plus concrètement pour le plongeur, que peut-on dire sur les algues ?

Les algues ont colonisé tous les milieux aquatiques, on en trouve aussi bien en eau douce qu'en eau de mer et même sur les sols humides aussi bien chauds (geyser) que froids (glace, neige). La plupart vivent libres mais certaines sont en étroite association (symbiose) avec des plantes ou des animaux (les zooxanthelles dans les coraux). La présence d'algue n'est limitée dans un milieu que par la disponibilité en eau et en lumière indispensable pour effectuer la photosynthèse. La pénétration de la lumière dans l'eau entraîne de forte modification du spectre (l'eau absorbe progressivement les couleurs) et on observe une importante diminution de l'intensité lumineuse en fonction de la profondeur. Ces changements influencent la distribution des algues ; ainsi sur les côtes européennes de l'océan Atlantique, la présence d'algues est limitée à 30 mètres alors que dans des eaux très claires, on observe des algues jusqu'à plus de 100 mètres de profondeur. En conditions favorables, les vitesses de croissance peuvent atteindre des valeurs extrêmes de 60cm par jour pour les «Kelp» (Macrocystis de Californie). Les éléments nutritifs traversent toute la surface de l'algue en contact avec l'eau de mer ; ils sont ensuite distribués passivement dans toutes les cellules constitutives du thalle.

Dans la zone de l'estran, c'est-à-dire la zone des battements de marée, les algues se répartissent principalement selon leur tolérance physiologique aux variations des paramètres abiotiques (température, salinité, durée d'émersion etc.). On observe ainsi une zonation typique avec des ceintures d'algues brunes caractéristiques sur l'estran des côtes d'Europe du Nord. En partant du haut de l'estran vers la basse mer, on trouvera Pelvetia canaliculata (zone mediolittorale supérieure) suivie des Fucus spiralis, Fb vesiculosus et E serratus (zone médiolittorale moyenne et inférieure) pour arriver au niveau le plus bas de la basse mer avec Laminaria saccharmna et Laminaria digitata (zone infralittorale).

Certaines algues ont une durée de vie courte, on parle d'algues annuelles, leur cycle de vie dure moins d'un an (Ulva, Enteromorpha) d'autres vivent plusieurs années, elles sont dites pérennantes (Laminaria, Ascophyllum...). Le cycle de vie est très complexe, on observe une alternance entre une reproduction asexuée par spores (spores = cellules qui vont germer et donner des individus soit mâles soit femelles).

Les gamétophytes et une reproduction sexuée par gamètes (les gamètes se rencontrent, il y a fécondation et l'embryon va donner une algue, le sporophyte, qui porte les spores). Gamétophytes et sporophyte d'une même algue constituent des organismes dont l'aspect est parfois le même, mais il est très souvent différent  ; au point que dans certains cas, les biologistes ont cru avoir affaire à des espèces différentes.

Il existe de très nombreux produits extraits des algues qui font partie de notre vie courante ; à titre d'exemples, on trouve des extraits d'algues au niveau de l'industrie alimentaire (alginates, carraghénanes, agar utilisés dans les glaces, pâtisseries, sauces etc.), des cosmétiques (antirides...), dans l'industrie pharmaceutique, agroalimentaire (engrais...), etc.

Lors de ses incursions subaquatiques, le plongeur observera principalement les grandes algues visibles à l'oeil nu ou macroalgues qui regroupent les algues rouges, brunes et vertes. Si toutes les algues contiennent de la chlorophylle (couleur verte) c'est la présence d'autres pigments qui modifie leur apparence ainsi on trouve de la chlorophylle de type «a» associée à des pigments bleus et rouges (phycocyanine et phycoérythrine) chez les algues rouges des chlorophylles de types «a» et «c» et un pigment brun (la fucoxanthine) chez les algues brunes enfin des chlorophylles de types «a» et «b» chez les algues vertes. Mais il faut faire attention, car la couleur d'une algue observée sur le terrain ne permet pas une classification immédiate, la présence de nombreux autres pigments (carotène, xanthophylle...) en quantité variable peut induire en erreur sans parler des incrustations calcaires qui peuvent masquer les couleurs des pigments clefs.

Classification
Le groupe des algues est un mélange hétéroclite, ce n'est pas un ensemble cohérent pour le biologiste du point de vue évolutif, car on y a rassemblé des organismes ayant des origines différentes. Les algues ont été placées dans deux des cinq règnes du monde vivant :

- les Procaryotes (unicellulaires sans noyau) qui regroupent les bactéries et les cyanobactéries ;
- les Protoctistes qui regroupent un grand nombre de phylums très divers.

Au niveau des Procaryotes on trouve la division (ou phylum) des Cyanobactéries ou algues bleues qui contiennent de la chlorophylle de type «a» et des pigments bleus (phycocyanine) et rouges (phycoéryhtrine). Bien que l'on dénombre actuellement environ 2.000 espèces différentes de cyanobactéries, le plongeur ne peut les observer vu leur taille microscopique.

Au niveau des Protoctistes on trouve les groupes suivants: les Euglènophytes (plus de 800 espèces), les Coccolithophores et Dinoflagellés (environ 500 espèces), les Diatomées (environ 100.000 espèces), les Desmidées, les Algues Jaunes, les Algues Dorées, les Algues Rouges ou Rhodophytes (environ 5.000 espèces), les Algues Brunes ou Phaeophytes (environ 2.000 espèces), et les Algues Vertes ou Chlorophytes (environ 8.000 espèces).

Rien qu'en Europe, saviez-vous que l'on dénombre au moins 1.500 espèces d'algues différentes ? Mais la plupart sont microscopiques.

Quelques exemples d'algues macroscopiques :
Algues rouges : Corallina, Chondrus...
Algues brunes : Fucus, Laminaria, Padina, Macrocystis...
Algues vertes : Ulva, Enteromorpha, Codium, Caulerpa, Acetabularia...



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