Extrait de la revue trimestrielle "Hippocampe" n° 183 - Mars 2002
Revue officielle de la Ligue Francophone de Recherches et d'Activités Sous-marine, affiliée à la Fédération Belge de Recherches et d'Activités Sous-marine
(membre fondateur de la CMAS).
Dans I'Hippocampe nr.182 de décembre 2001, je vous ai entretenus de la syncope en apnée. D'autres incidents ou accidents, dont il convient de connaître
les mécanismes afin de les prévenir, peuvent se produire en apnée.
Hypercapnie lente, danger du tuba
L'hypercapnie lente est la conséquence de la mauvaise élimination du CO2, résultant de la pratique de plongées trop rapprochées, sans récupération suffisante
en surface. Rappelons qu'il faut plusieurs minutes pour que l'excès de CO2 accumulé lors d'une apnée soit élimine. Les signes d'hypercapnie lente apparaissent
doucement, bien après la mise à l'eau; ils sont variables.
On peut citer :
- nausées, rarement suivies de vomissements,
- céphalées,
- sentiment d'angoisse, d'anxiété, de malaise avec parfois apparition de crampes,
- troubles de la vigilance, de l'esprit critique, fatigue.
Lors de l'apparition d'un de ces symptômes et a fortiori de plusieurs, il importe donc d'arrêter immédiatement la séance d'entraînement, de se reposer afin
d'éviter des incidents plus graves, voire un accident. Un tuba mal adapté, en augmentant l'espace mort, peut participer à la mise en place de cette hypercapnie
lente. Afin de minimiser l'augmentation inévitable de l'espace mort par le tuba, il importe de se ventiler lentement et profondément. De plus en plus d'apnéistes
préfèrent se ventiler sur le dos et n'utilisent dès lors plus le tuba. Il faut se souvenir également que l'apnéiste, lors des apnées dynamiques, travaille
inévitablement en dette d'oxygène. A chaque apnée, il va capitaliser une dette d'oxygène avec effet cumulatif. Si les apnées s'enchaînent rapidement avec
des récupérations courtes, le remboursement de cette dette d'oxygène va prendre de longues minutes, voire plusieurs heures après l'arrêt de la séance
d'entraînement. En fin de séance, le maintien d un faible niveau d'activité musculaire assure une certaine vasodilatation musculaire facilitant l'élimination
des produits du métabolisme (acide lactique) et permettant une meilleure récupération.
Accident de décompression
La possibilité d'apparition d'accident de décompression en apnée est une notion bien établie maintenant, bien que type d'accident soit assez rare en apnée.
Il ne concerne la pratique de l'apnée que dans des circonstances bien particulières. Les accidents de plongée (connus sous le nom de TARAVANA) qui
frappaient les chercheurs de perles des îles TUAMOTU ont été décrits dans les années 50 et 60. Ces plongeurs descendaient à 40 mètres, parfois jusqu'à
6 heures par jour avec des récupérations courtes en surface. Ils étaient victimes d'accidents de décompression de type neurologique tels qu'on peut les
rencontrer chez les plongeurs en scaphandre. Les symptômes décrits peuvent consister en vertiges, nausées, angoisses, en passant par la perte de
connaissance et aller jusqu'aux accidents neurologiques avec troubles sensitifs et moteurs graves persistants, troubles de la parole, troubles intellectuels.
Ces troubles neurologiques témoignent d'atteintes corticales. Le TARAVANA peut être attribué sans aucun doute à un dégagement de bulles dans les tissus
ayant les périodes les plus courtes et en particulier, dans le sang. Les bulles, si elles ne sont pas éliminées par le filtre pulmonaire, peuvent être emportées
dans le torrent circulatoire et aller s'emboliser dans les artérioles terminales du cerveau, causant ainsi les troubles fonctionnels décrits ci-dessus.
La consommation d'O2 pendant I'apnée, le stockage du 002 au niveau de certains tissus impliquent une augmentation de la pression partielle de l'azote
dans les aIvéoles (de 79 à 90 parfois), ce qui, combiné à l'augmentation de pression lors de la descente, accroît la fixation de l'azote dans les tissus.
A la remontée, rapide chez les apnéistes : 1m à 1,5m/seconde), la décompression est rapide, l'azote est libéré des tissus et peut apparaître sous forme
de bulles dans le sang. Sans entrer dans les détails, des études ont été faites permettant d'adapter aux plongées en apnée les tables de décompression
habituelles, établies pour des plongées à l'air comprime. Ces études ont permis d'établir des limites de sécurité.
Deux facteurs semblent particulièrement importants :
- la profondeur atteinte ;
- le rapport entre le temps passé en surface et le temps passé au fond ;
Signalons que ces limites de sécurité ne concernent pas les apnées telles que celles pratiquées lors de nos entraînements. Des accidents ont été décrits
récemment chez des chasseurs utilisant des Iocoplongeurs leur permettant de plonger profond avec des récupérations courtes. L'enchaînement de descentes
profondes en poids variable (gueuse) au-delà de 50-60 mètres avec des récupérations courtes peut également être dangereux.
Vertiges alternobariques
Des variations de position de la tête chez le plongeur peuvent entraîner des différences de pression au niveau de l'oreille interne et perturber l'organe de
l'équilibre. Ce phénomène peut être aggravé en eau froide. Cette situation est bien connue chez le plongeur en scaphandre, et peut-être dangereuse chez
l'apnéiste puisque la perturbation peut aller jusqu'à I'impossibilité de situer le haut et le bas. Cette situation pourrait être dramatique pour un apnéiste en
flottabilité négative et ayant perdu son compagnon dans des eaux à visibilité réduite.
Troubles gastriques
La pression hydrostatique exercée sur la paroi abdominale induit une augmentation de pression dans l'estomac et l'oesophage. D'autre part, le refoulement
du diaphragme vers l'extrémité céphalique raccourcit l'oesophage et fait remonter le sphincter œsophagien. Ces deux facteurs, associés aux variations
fréquentes de positions. lors des canards et des descentes, peuvent entraîner chez certains plongeurs prédisposés un reflux gastro-œsophagien, irritant
la muqueuse œsophagienne et provocant des sensations de brûlures douloureuses. Si vous respectez les règles de sécurité et un suivi médical, que votre
condition physique est satisfaisante et que vous connaissant bien, vous ne dépassez pas vos limites, vous pourrez toujours pratiquer I'apnée avec plaisir
et bénéfice pour votre santé.