Extrait de la revue trimestrielle "Hippocampe" n° 182 - Décembre 2001
Revue officielle de la Ligue Francophone de Recherches et d'Activités Sous-marine, affiliée à la Fédération Belge de Recherches et d'Activités Sous-marine
(membre fondateur de la CMAS).
Classiquement, les cas décrits de perte de connaissance en piscine ou en apnée profonde concernent des sujets jeunes, athlétiques, qui effectuent un effort
important en vue de réaIiser une performance, généralement après avoir réalisé une hyperventilation. Hyperventilation signifie établir un débit ventilatoire
supérieur à celui nécessaire pour maintenir, à sa valeur normale, la tension de gaz carbonique artériel.
L'hyperventilation volontaire est donc une modification de la ventilation non imposée par la nécessité de maintenir certaines constantes (PaCO2, PaO2, pH).
Cette hyperventilation, en diminuant la PaCO2, a comme effet de retarder le réflexe inspiratoire. Si I'apnéiste est sorti rapidement de l'eau, il n'a pas le temps
d'en inhaler et la reprise de conscience se fait rapidement. Souvent, I'apnéiste ne garde aucun souvenir de l'épisode, aucune séquelle et surtout, n'a perçu
aucun signe annonciateur. Ce type d'accident en piscine est plus fréquent avec des débutants qui ont envie de réaliser une performance. Il est donc très
important que les moniteurs soient très attentifs aux apnéistes débutants présentant ce type de comportement dans l'eau.
En pleine eau, la perte de connaissance se produit dans les derniers mètres lors de la remontée, voire même après le retour en surface ou dans les secondes
qui suivent puisqu'il faut plusieurs secondes pour que l'oxygène de l'air inspiré parvienne au cerveau. La perte de connaissance résulte d'une hypoxie
cérébrale primitive, progressive à mesure que s'épuisent les réserves d'oxygène de l'organisme. Il est intéressant de distinguer cette perte de connaissance
consécutive à une hypoxie avec arrêt respiratoire d'une syncope résultant d'une chute brutale de la pression artérielle consécutive, par exemple, à un
relâchement vasculaire ou à un trouble cardiaque.
Dans le premier cas, le retour à la conscience se fait spontanément, voire suite à une ventilation à l'oxygène pur. Dans le second cas, en plus de
I'administration d'oxygène, il faut rétablir une pression artérielle suffisante. On peut établir une liste des signes présyncopaux. Ces signes ne sont pas
objectifs et sont variables d'un individu à l'autre et chez un même individu. Toutefois, il est intéressant de les connaître afin de pouvoir les repérer.
Signalons qu'une syncope peut se produire sans signe précurseur. On peut distinguer des signes intérieurs (ressentis par l'apnéiste lui-même) et des
signes extérieurs, visibles par les compagnons.
Signes intérieurs
Avant I'apnée:
- picotement aux extrémités
- sensation de flottement
- excitation importante
Au fond:
- sensation de confort inhabituel
- disparition de l'envie de respirer ou de
- remonter (l'apnéiste est déjà en hypoxie)
A la remontée:
- lourdeur ou chaleur dans les muscles des cuisses, surface y compris en surface
- petits troubles visuels étoilés ou d'obscurcissement important
- confort prolongé ou peine anormale au contraire
Signes extérieurs
Au fond:
- durée excessive, absence de mouvement
- position anormale
- lâcher de bulles
- tremblements
A la remontee:
- largage de la ceinture
- tremblements désordonnés
- arrêt du palmage
- lâcher de bulles
- apnéiste immobile, se met à couler
En surface:
- bleuissement important des Ièvres
- pâleur du visage
- pas de reprise active de la ventilation
- tremblements
- inertie
A côté de ces signes, la physiologie décrit des signes objectifs correspondant à des pressions partielles d'oxygène (pression alvéolaire ou artérielle) :
- PaO2 = 100 mmHg : normal
- PaO2 < 50 mmHg : trouble de la mémoire
- PaO2 < 40 mmHg : trouble du jugement critique
- PaO2 < 30 mmHg : perte de connaissance, précédée de scotomes visueIs (trous sous forme de taches dans le champ visuel)
Ces différentes valeurs expliquent que l'apnéiste, dans un premier temps, a tendance à nier la syncope puisqu'il a été victime avant celle-ci de troubles
de la mémoire et d'une perte de jugement critique. Cette perte de connaissance n'est pas dramatique en elle-même; elle peut être dangereuse si l'apnéiste
est mal surveillé et si la reprise respiratoire se fait sous l'eau. Dans ce cas, les bronches et les poumons sont envahis par l'eau et l'apnéiste est victime
d'une noyade (la noyade est une asphyxie due à l'inondation des voies aériennes inférieures). Afin d'éviter ce type d'accident, il importe de bien expliquer
aux débutants les règles de sécurité (pas d'apnée seul, pas d'hyperventilation, protocole de surveillance en apnée statique, etc). Ne pas se fixer d'objectifs
sans avoir acquis l'aisance aquatique nécessaire, une connaissance personnelle ainsi qu'une maîtrise de la ventilation. En appliquant ces principes de
précaution, les pertes de connaissance en apnée restent rarissimes.