Fumer ? Plonger ?
Plonger ? Fumer ?

Par le Dr Yves Laitat, Président de la Commission Médicale LIFRAS

Extrait de la revue trimestrielle "Hippocampe" n° 178 - décembre 2000
Revue officielle de la Ligue Francophone de Recherches et d'Activités Sous-marine, affiliée à la Fédération Belge de Recherches et d'Activités Sous-marine (membre fondateur de la CMAS).



Qui ne connaît cette phrase ?

Malheureusement, beaucoup ne semblent entrevoir les conséquences sur leur organisme.

Le tabac est à l'origine de 25 % des cancers.

Il diminue les performances physiques, diminue les facultés de récupération et perturbe la fonction respiratoire...

Le tabac provoque des altérations de l'arbre respiratoire. Il modifie la qualité et a quantité de mucus produit dans les voies respiratoires. L'appareil ciliaire est une sorte de tapis qui emprisonne les impuretés de l'air respiré et les remonte vers la surface. Chez le fumeur, les cils sont englués par les goudrons et deviennent inefficaces.

On voit donc se développer, plus fréquemment, chez le fumeur, les infections bronchiques. Apparaît, ensuite, après quelques années la bronchite chronique (toux du matin, infections à répétition, emphysème...) Phénomène qui, chez le plongeur, peut être une cause de rupture alvéolaire (surpression pulmonaire, pneumothorax, pneumomédiastin, embolie gazeuse) mais aussi d'accident asymptomatique... Il ne faut pas oublier les infections des voies aériennes supérieures (sinusite, otite...) ce qui peut être aussi la cause de divers incidents ou accidents de plongée.

Un autre phénomène qui nous concerne plus, nous les plongeurs, est la production de CO (monoxyde de carbone).

Ce gaz est incolore, inodore, Insipide, mais a une affinité 250 à 300 fois plus forte pour l'hémoglobine que l'oxygène.
Cette carboxyhémoglobine perturbe tous les phénomènes de saturation et désaturation des tissus et augmonte ainsi le risque d'ADD.

Un taux de carboxyhémoglobine de 10 à 20 % provoque des maux de tête, 20 à 30 % donnent des maux de tête violents avec nausées, 30 à 50 % donnent des troubles de la conscience, 50 à 80 % provoquent des convulsions, un coma voire la mort.

La dernière cigarette avant de plonger représente un facteur non négligeable favorisant l'ADD

Le traitement d'une intoxication au CO est l'oxygène voire le séjour en caisson hyperbare.

  • Un non-fumeur a un taux de carboxyhémoglobine de 0,5 %
  • Un fumeur de moins de 15 cigarettes par jour = 3,5 à 4 %
  • Un fumeur de moins de 25 cigarettes par jour = 5.5 à 6 %
  • Un fumeur de plus de 25 cigarettes par jour = ou + de 7 %
La dernière cigarette avant de plonger augmente fortement la proportion de CO, Gela représente un facteur non négligeable favorisant l'ADD. La première cigarette après la plongée augmente considérablement le risque de vasospasme des artères coronaires donc le risque de mort subite.

Les autres effets du tabac sur l'organisme sont :
  • lésions des artères favorisant les troubles circulatoires (sensation des pieds et mains froids, sensation d'engourdissement des extrémités...)
  • lésions des artères coronaires (artéres du coeur) avec risque d'angine de poitrine, infarctus du myocarde...
  • lésions du tube digestif, plus particulièrement de l'estomac, avec risque d'ulcère,
  • modification des facteurs d'agrégation plaquettaire
  • modification de la pression artérielle
  • diminution de la vitamine C dans le sang d'où un vieillissement accéléré
  • diminution du calibre des artères et des artérioles. Cela entraîne une moins bonne perfusion des organes
Le tabac est vraiment un serial killer... pourtant personne ne fume à l'insu de son plein gré... Le tabagisme passif est le fait, pour un non-fumeur, de rester plusieurs heures par jour dans une ambiance enfumée et fait courir les mêmes risques... merci de respecter les espaces pour non-fumeurs.

La marijuana et autres dérivés cannabinoides augmentent les effets de la narcose, qui contribuent à une hypoxie cellulaire. Ces substances ont non seulement des effets délétères sur la santé physique (comparables au tabac), mais aussi sur la santé psychologique.

Ils diminuent la force musculaire, le flux circulatoire, la coordination motrice et provoquent des sensations « étranges (hallucinations, agitation, panique,...) Ces substances peuvent rester longtemps dans l'organisme et, si elles sont consommées régulièrement, finissent par "déconnecter" le fumeur du monde environnant... Ces produits ne peuvent donc que favoriser et aggraver... la survenue d'accidents en plongée.

Il n'y a qu'une solution : Arrêter de fumer !

Seule votre motivation personnelle, avec éventuellement une aide extérieure, fera que vous réussirez. Actuellement, diverses techniques que ce soit patchs, chewing-gum ou autres comprimés, planprogramme... pourront vous faciliter la vie sans tabac (parlez-en à votre médecin). Il y va de votre santé, mais aussi de celle de votre entourage. Il y va de votre sécurité on plongée, mais aussi de celle de votre palanquée.

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